[Audio] Depuis plusieurs années, le Canada fait face à une pénurie importante de logements. La hausse rapide des loyers et la difficulté d'accès à un logement convenable touchent autant les ménages à faible revenu que la classe moyenne. Cette situation est devenue l'un des enjeux socioéconomiques les plus préoccupants du pays..
[Audio] Depuis plusieurs années, le Canada fait face à une pénurie importante de logements. La hausse rapide des loyers et la difficulté d'accès à un logement convenable touchent autant les ménages à faible revenu que la classe moyenne. Cette situation est devenue l'un des enjeux socioéconomiques les plus préoccupants du pays..
[Audio] Il est important de préciser que la pénurie de logements ne relève pas d'une crise conjoncturelle, causée par un choc temporaire ou une fluctuation économique passagère. Au contraire, il s'agit d'un phénomène qui s'inscrit dans la durée et qui repose sur un déséquilibre profond entre l'offre et la demande..
[Audio] Ce déséquilibre prolongé entre une demande marquée par une croissance constante et une offre qui peine à s'adapter à court terme a profondément modifié la dynamique du marché, rendant l'accès au logement de plus en plus difficile et coûteux..
[Audio] La pénurie de logements est donc une crise à caractère structurel. Elle résulte d'interactions complexes entre des facteurs démographiques, économiques et institutionnels..
[Audio] Pour mieux comprendre d'où vient le problème et pourquoi il est devenu aussi important, ce travail propose une approche simple : on va d'abord regarder ce qui fait augmenter la demande de logements, notamment la croissance de la population et la concentration des ménages dans les grandes villes. Ensuite, on verra pourquoi l'offre de logements n'arrive pas à suivre. Enfin, on expliquera comment ce décalage a mené à une véritable crise de l'abordabilité au Canada et quelles sont les pistes de solutions envisageables..
[Audio] L'Attrait continu de la pénurie dans les grands centres : Le phénomène de la pénurie de logement est exacerbé par la dynamique spatiale de la demande, qui se concentre sur des territoires très précis. Dans cette partie nous allons analyser cette réalité à travers plusieurs axes majeurs..
[Audio] Le premier axe d'analyse concerne l'évolution démographique et ce que l'on nomme l'éclatement des ménages. La pression sur la demande s'explique d'abord par une transformation profonde de notre tissu social. Au-delà de la simple croissance démographique, les données récentes mettent en lumière une augmentation record des ménages composés d'une seule personne, couplée au vieillissement de la population. Mécaniquement, cette individualisation des modes de vie signifie qu'une population de taille égale nécessitent un bassin de logements nettement supérieur par rapport aux décennies précédentes. L'ampleur de ce déficit est documentée ; la société d'hypothèque et de logement (SCHL) estime qu'il manque environ 3.5 millions de logement à l'échelle nationale pour rétablir l'abordabilité d'ici 2030. Au Québec seulement, ce déficit dépasse des 860 000 unités..
[Audio] Notre deuxième point se penche sur la polarisation territoriale. Il est impératif de souligner que cette demande record ne repartit pas uniformément sur le territoire. Les population convergent massivement vers les principaux pôles économiques comme Montréal et la ville de Québec. Qu'il s'agisse de nouveaux arrivants, d'étudiant ou de jeunes professionnels à la recherche d'opportunités, l'attraction est inévitable. Les réseaux de transport en commun et l'accès aux services spécialisées jouent également un rôle crucial dans cette convergence. Le résultat : une compétition féroce pour le moindre mètre carré dans ces zones à haute tension, créant une véritable dualité territoriale avec des marches urbains en surchauffe..
[Audio] Cette concentration géographique nous mène directement à notre troisième axe : l'effondrement systémique des taux d'inoccupation dans les grands centres. Normalement, le seuil d'équilibre d'un marché locatif sain, permettant une mobilité normale sans inflation excessive, est fixé 3% Or, la réalité urbaine de 2026 est tout autre, De nombreux quartiers centraux et périphériques des grandes villes affichent des taux d'inoccupation stagnants entre 0% et 1% A ce niveau de rareté extrême, le marché perd toute capacité d'autorégulation. Le pouvoir de négociation des locataires est annulé, permettant aux propriétaires d'imposer des conditions sans véritable concurrence..
[Audio] Aujourd'hui Nous faisons face à quatre forces structurelles convergentes qui rendent cette crise auto-entretenue : La démographie, avec un éclatement des ménages qui creuse un déficit massif d'unités. Le territoire, où la polarisation vers les grands centres sature les marchés locaux. L'inoccupation, avec des taux allant du 0% à 1% qui signalent une rupture totale de l'équilibre. L'asymétrie structurelle du marché, où l'inaction politique et la logique d'accumulation transforment cette pénurie en un vecteur d'inégalité. Ces mécanismes se renforcent mutuellement en forment un cercle vicieux que le libre marché, a lui seul, ne peut corriger..
Une offre structurellement rigide: Main-d'oeuvre et contraintes réglementaires.
[Audio] Quand on parle ici d'offre, on ne parle pas du nombre total de logements existants, mais bien de la capacité du secteur de la construction à livrer de nouveaux logements. Cette offre est qualifiée de structurellement rigide parce qu'elle ne peut pas augmenter rapidement, même lorsque la demande explose et que les prix montent fortement. Autrement dit, le marché du logement ne réagit pas comme un marché classique, car il est contraint par des limites durables : la main‑d'œuvre, les règles et les délais..
[Audio] Un premier frein majeur à l'augmentation de l'offre de logements est la pénurie persistante de main‑d'œuvre spécialisée dans le secteur de la construction. Selon la Société canadienne d'hypothèques et de logement, pour rétablir l'abordabilité observée en 2019, le Canada devrait construire entre 430 000 et 480 000 logements par année pendant la prochaine décennie, soit environ le double du rythme actuel de construction résidentielle. Cette estimation met en lumière l'ampleur de l'écart entre les besoins réels de la population et la capacité actuelle du secteur à y répondre. Même si le capital est disponible et que la demande est très forte, le manque de travailleurs qualifiés ralentit les chantiers, allonge les délais de livraison et limite le nombre total de logements pouvant être construits chaque année. Cette réalité peut être expliquée à l'aide de la fonction de production agrégée, selon laquelle la production dépend du capital, de la main‑d'œuvre et de la technologie. (Y = A x F(K,H) Ici, le Y est le nombre de logements construit.) Dans le secteur de la construction, le facteur déterminant est clairement la main‑d'œuvre efficace. Lorsqu'elle est contrainte, la production plafonne, même en présence d'incitatifs économiques élevés. Cela explique pourquoi l'offre de logements demeure peu élastique à court et à moyen terme. La SCHL souligne d'ailleurs que doubler le rythme de construction serait possible en théorie, mais seulement à condition de disposer d'une main‑d'œuvre beaucoup plus nombreuse et modernisée, ainsi que d'une hausse marquée de la productivité dans l'industrie de la construction..
[Audio] Un deuxième frein important à l'offre de logements réside dans les contraintes réglementaires municipales, notamment les règles de zonage, les limites de densité, la protection des terres agricoles et la longueur des processus d'approbation des permis. Afin d'obtenir un permis de construction, il faut que la demande soit approuvé par plusieurs comités et instances différentes. Ces règles limitent l'accès aux terrains zonés résidentiels et retardent la mise en chantier de nouveaux projets, même lorsque la demande est élevée. Dans une perspective macroéconomique, ces règles peuvent être analysées comme des institutions économiques. Les institutions façonnent les incitatifs à investir, produire et innover. Lorsqu'elles sont trop contraignantes, elles affaiblissent l'incitatif à construire et contribuent à maintenir une offre limitée, malgré une pression constante de la demande. Les analyses de la SCHL montrent que la réduction des délais réglementaires et des coûts de développement fait partie des conditions essentielles pour augmenter durablement l'offre de logements au Canada..
[Audio] Il est important de souligner que cette rigidité de l'offre ne peut pas être expliquée uniquement par la croissance démographique ou l'immigration. Comme le rappellent plusieurs experts interrogés par Radio‑Canada, l'immigration agit surtout comme un facteur amplificateur d'un problème déjà existant, dans un contexte où l'offre de logements est historiquement insuffisante et rigide. De son côté, le gouvernement fédéral reconnaît cette contrainte structurelle et souligne la nécessité d'aligner les niveaux d'immigration avec la capacité réelle du Canada à fournir des logements, tout en cherchant à attirer davantage de travailleurs dans les métiers de la construction pour soutenir l'augmentation de l'offre..
[Audio] En combinant la pénurie de main‑d'œuvre, les contraintes réglementaires et la lenteur des ajustements institutionnels, on obtient une offre de logements très inélastique. Même lorsque les prix augmentent et que les investissements se multiplient, la quantité de logements disponibles progresse lentement. Cette rigidité structurelle explique pourquoi la pénurie persiste dans le temps et prépare le terrain à une transformation du problème..
[Audio] Cette dynamique nous amène directement à la section suivante : même lorsque des logements sont construits, ils sont souvent financièrement inaccessibles pour une grande partie de la population..
De la crise de l'offre à la crise de l'abordabilité.
[Audio] Aujourd'hui, on ne peut plus parler uniquement d'une crise de l'offre de logements. On fait plutôt face à une crise de l'abordabilité. En effet, l'inabordabilité des nouveaux logements révèle une distorsion importante entre la demande et l'offre accessible financièrement. Les chiffres sont parlants : Selon Statistique Canada, en 2023, les Canadiens consacraient en moyenne 31,4 % de leur budget au logement, comparativement à 29,3 % en 2019 et seulement 17,9 % en 1960. Cette pression est encore plus forte chez les locataires, qui dépensent proportionnellement plus que les propriétaires pour se loger..